Michel Bouvet est un un graphiste français qui se définit avant tout comme un affichiste. Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris dans les années 70, il se tourne très tôt vers l’affiche et le graphisme.

Son activité d’affichiste, il l’exerce essentiellement dans le domaine culturel (théâtre, opéra, musique, danse, musées, festivals) et dans le domaine institutionnel (collectivités locales, institutions publiques).

C’est à ce titre qu’il a fait plus de 80 expositions personnelles d’affiches culturelles en France et à l’étranger dans plus d’une vingtaine de pays. Il a aussi participé à des expositions collectives en France et à l’étranger.

Il a reçu de nombreuses récompenses dans la plupart des grandes biennales internationales d’affiches (Pologne, Finlande, Tchécoslovaquie, USA, Chine, Japon, Russie, Taïwan, Bulgarie…) où, d’autre part, il a été invité à siéger, à plusieurs reprises, en qualité de membre du jury. En France, le Grand Prix de l’Affiche culturelle lui a été décerné à la Bibliothèque Nationale de France en 1987 et en 1992.

 

La parole à Michel Bouvet

 

Comment concevez-vous une affiche de théâtre ?

C’est un travail très intellectuel. Je commence par lire le texte de la pièce, deux ou trois fois de suite s’il le faut. L’idée est d’en saisir la substantifique moelle afin d’être capable d’en faire ressortir l’essentiel en une image. Il est fréquent que j’échange également avec les metteurs en scène. Ensemble nous menons une réflexion en profondeur sur le texte et sur sa mise en espace en discutant longuement des choix qui vont être faits.

Je travaille ensuite sur des esquisses qui seront proposées au commanditaire. J’en fait généralement entre 12 et 14, au-delà je trouve que les idées se répètent.Ces esquisses sont toutes présentées à mes clients, qui choisissent celle qu’ils souhaitent voir sur l’affiche. C’est amusant car nous sommes toujours en accord sur le choix qui est fait, comme si l’image la plus forte sortait d’elle-même du lot. Quand je crée une affiche de théâtre je suis en quelque sorte l’interprète d’un créateur au service d’un théâtre et au service d’un public. Mes images seront vues par des milliers de gens dans la rue ou dans le métro, c’est une grande responsabilité que de ne pas les décevoir. 

 

Travail préparatoire pour l’affiche de la pièce
« Le Plaisir » au théâtre La Pépinière

Pourquoi cette passion pour la réalisation d’affiches de théâtre ?

Ce qui m’intéresse dans la forme d’expression artistique qu’est le théâtre c’est la possibilité de raconter la vie et le monde avec une grande liberté. Mes clients me laissent également cette liberté dans la création de mes images. Nous avons un ton et une impertinence typique de la culture française qui peut parfois choquer à l’étranger où certaines de mes affiches ne sont pas montrées comme ce fut le cas à Téhéran.
Je mène une réflexion constante sur ce qu’est le théâtre et comment le présenter en images.
La façon de concevoir une affiche de cinéma est très différente. En général elles sont constituées d’images très réalistes alors que l’affiche de théâtre est très ouverte.

 

Quelques exemples des affiches réalisées pour le Théâtre des Géméaux – Scène Nationale de Sceaux

Comment se passe votre collaboration avec La Pépinière Théâtre ?

C’est un vrai bonheur de travailler ensemble. Depuis le début les directeurs m’ont accordé leur confiance et ensemble nous nous permettons d’être provocants et de questionner le public.

 J’ai la chance de m’être associé avec des gens qui étaient aussi audacieux que je voulais l’être et je les remercie de leur confiance. La communication de La Pépinière, qui propose des affiches avec une seule image stylisée, est absolument unique en son genre.

 Les affiches que je réalise pour ce théâtre sont vues dans le monde entier lorsque je présente mon travail à l’occasion de multiples expositions et conférences. On me demande souvent : « Mais comment est-ce possible, cette image a-t-elle vraiment été affichée dans les rues de Paris ? » et je réponds « Oui, nous sommes Français, nous acceptons cette impertinence ! ».

 Pour moi, une image est un lieu de débat, si mes images laissaient indifférent je ne ferais plus d’affiches.

 

Extrait de l’interview donné aux Théâtres Parisiens Associés