S’afficher

L’efficacité est la qualité première d’une affiche. Elle se mesure à sa capacité à être remarquée car sa fonction est d’attirer le regard.
De près comme de loin, elle doit être vue dans un contexte majoritairement urbain souvent surchargé de signes. Elle se révèle à son lecteur par étapes successives à mesure qu’il s’en approche.
Pour une affiche, l’image domine souvent le texte et l’information doit être courte car son rôle est davantage d’alerter que d’informer.

Une très brève histoire de l’affiche

L’affiche n’est pas née des Temps Modernes, elle existe depuis toujours sous son aspect fonctionnel : les crieurs et les tables de pierre gravées dans l’Antiquité par les Grecs avaient la même fonction.

Mais bien-sûr, l’affiche sous la forme qu’on lui connait est indissociable de l’invention de l’imprimerie et de toutes les techniques et évolutions qui y sont liées. Typographie, lithographie, offset, sérigraphie, héliographie, typographie, linogravure, chromotypographie, Procédé 301, trichromogravure… Une suite de termes qui témoignent des possibilités et des évolutions. En effet, création et technique sont intimement liées, car le propre de l’affiche, contrairement à l’œuvre d’art, objet unique, est d’être reproductible, de plus elle est tributaire d’une “date de péremption” du fait même de sa fonction informative.
On relie donc l’affiche à l’invention de l’imprimerie, mais elle prendra son plein essor au 19e siècle pour voir son apogée au 20e siècle, et c’est sur cette période qu’elle trouvera sa propre voie et qu’elle finira même par influencer les arts plastiques.

On peut distinguer trois types d’affiches :
l’affiche commerciale dont les plus grands noms en France sont Cassandre Villemot, Loupot…
l’affiche de propagande et l’affiche culturelle qui nous intéresse ici plus particulièrement.

Célèbre affiche Dubonnet crée par Cassandre en 1932. Elle est la dernière d’un trityque qui voit se dessiner le personnage à mesure que son verre se remplit et que la bouteille se vide. L’affiche des deux mondes, réalisée par René Dubosc pour le parti communiste français est un exemple des nombreuses affiches dites de propagande qui ont fleuries principalement dans la période de l’entre deux guerres. Une illustration du travail de Pierre Di Sciullo sur la charte graphique du Théâtre de la Colline.

L’affiche commerciale

Au départ l’affiche commerciale se contentait de présenter le produit, le nom et le prix. Pas plus et pas moins. Avec l’apparition de la consommation de masse et de la concurrence, une nouvelle notion apparaît, celle de slogan, la société de consommation inventera la réclame et celle-ci cédera la place à la publicité puis au marketing appliqué aujourd’hui à la communication digitale.

Petit diaporama des affiches crées pour Perrier. La dernière campagne de la marque met en scène une Joconde très 2.0…

L’affiche de propagande

Elle se retrouve souvent collée sur les murs, en dehors des espaces prévus à cet effet. Elle  affirme, dénonce ou implique. Les couleurs sont souvent franches et directes et les méthodes de reproduction artisanales.
Ces affiches sont souvent de moindre qualité mais le mouvement de mai 68 donnera naissance à des affiches restées dans la mémoire collective pour leur grande force graphique.
On pourrait associer aux affiches de propagande, un type d’affiche bien particulier et fort peu créatif : l’affiche électorale. Tout monde a en mémoire la célèbre affiche de François Mitterrand lors de son élection en 1981 il s’agit de la première affiche de ce genre conçue par un publicitaire. L’image est parfaitement maîtrisée chaque élément a un sens et rien n’est laissé au hasard : regard vers le lointain et vers la gauche de l’image, l’arrière-plan, le village français et son clocher, le ciel, et l’avenir bien-sûr, en forme de promesse, avec le soleil radieux.

La dernière typologie d’affiche est l’affiche culturelle, faite pour le cinéma, la musique, le théâtre et plus largement pour le spectacle vivant.

Une des nombreuses parodies de l’affiche de campagne de recrutement de l’armée américaine pour la première guerre mondiale, un affiche emblématique du mouvement de mai 68 et l’affiche de campagne du futur président en 1981

L’affiche culturelle et l’affiche de théâtre
Si le créateur d’affiches de films est souvent contraint par les impératifs commerciaux et les contrats des comédiens, le créateur d’affiche de théâtre est beaucoup plus libre d’imposer sa vision et sa patte artistique.

L’affiche de théâtrE
La programmation d’un théâtre fonctionne la plupart du temps par saison. Le plus souvent à la demande du théâtre, le graphiste propose une réponse qui crée un lien visuel entre les affiches, ce lien visuel constitue l’identité globale du théâtre de saison en saison. L’enjeu est alors de communiquer sur l’œuvre dans le cadre graphique prédéfini. De ce fait, la marge de manœuvre peut sembler plus restreinte, en effet certains systèmes peuvent être limitatifs, en imposant composition, typographie, couleur, D’autres au contraire ne donnent que quelques lignes directives et laissent un champ d’expérimentation assez large.

Un exemple de communication très chartée mais très efficace pour le Théâtre de Belleville

Théatre privé, théâtre public, la vieille querelle : Quelques précisions avant d’aborder ce que cela implique en terme de création.

Le théâtre privé est le domaine d’entrepreneurs indépendants, soumis en principe à la loi du marché, juridiquement ce sont des entreprises commerciales. Actuellement, lorsque l’on parle du Théâtre Privé, on fait référence généralement à la cinquantaine de théâtres appartenant au Syndicat National du Théâtre Privé. Datant de l’époque de l’hégémonie culturelle de la capitale, il est essentiellement parisien, avec quelques exceptions comme la Tête d’or à Lyon, et appartient au patrimoine. Mais, il existe un grand nombre de lieux, de diverses jauges, qui ne sont pas affiliés au syndicat, ainsi que des compagnies professionnelles qui ne reçoivent pas de subvention publique et qui exercent également leur activité dans le champ de ce secteur privé.
En d’autres termes, ces théâtres ou compagnies, hors du syndicat, minimisent les coûts et notamment ceux liés à la communication. Les visuels et affiches sont réalisés à l’économie, malheureusement au détriment de l’image du spectacle qu’elles représentent.

Le Théâtre Public s’appréhende comme un service public, financé donc par les fonds publics gérés par l’Etat, les Régions et les autres collectivités territoriales. Ils ont essentiellement pour mission : la création, la diffusion et l’animation culturelle.
Du fait de cette mission culturelle, et non pas de divertissement au même titre que l’on pourrait l’entendre au sujet des théâtres privés, les créations de ces théâtres ont a rendre visuellement compte de cette exigence.

Parmi ces théâtres publics, on retrouve les Théâtre Nationaux : la Comédie Françaises, l’Odéon, Chaillot, la Colline, l’Opéra et ‘Opéra comique.
Les créateurs sont souvent des artistes à part entière, les affiches du Théâtre de Chaillot sont  liées au graphisme parfaitement identifiable des affiches de Michel Batory et les créations graphiques de Michel Bouvet ont rythmées pendant des années le Festival de la Photo d’Arles. Créant ainsi un lien quasi affectif entre visuels, lieux et événements.

La décision assez récente des Rencontres d’Arles de mettre un terme à leur collaboration avec Michel Bouvet, ne témoigne pas uniquement d’un choix graphique, mais bien d’une volonté de réorientation clairement assumée du Festival. Pour affirmer ou putôt pour afficher ce choix, ils ont opté pour la rupture graphique !

Quelques principes visuels utilisés fréquemment pour les affiches de théâtre 

 

La force d’une image :
Le principe est de capitaliser sur une image forte, une figure historique ou religieuse ou bien issue, comme ici de la pop-culture, et de la détourner ou de l’insérer dans un environnement en opposition avec son sens premier.

 

L’impact du texte :
Miser sur une composition typographique qui envahit l’espace visuel.

L’économie formelle et l’affiche ou le blanc est couleur
Economiser l’espace et ne pas avoir peur de la page blanche

Lisibilité et visibilité 
Brouiller la lecture pour interpeller, un choix audacieux et graphique mais par ailleurs, assez élitiste

Le texte comme image
ou comment dessiner la Tout Eiffel. Superbe illustration de ce procédé pour le spectacle au Théâtre de du Châtelet

Oser la couleur
L’utilisation de couleurs denses et saturées est aussi un excellent moyen d’attirer l’attention

Le rapport texte image
Une composition typographique soignée implique souvent l’image

Pour aller plus loin

Partez à la découverte de l’affiche française des origines à nos jours, à travers les collections du Musée des Arts Décoratifs.
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